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Nous sommes des citoyen.ne.s de Seine-Saint-Denis. Nous comptons sur les mobilisations sociales pour montrer un esprit de résistance et construire des solidarités. Pour nous, la citoyenneté, c’est réfléchir et faire réfléchir, agir et faire agir. Commençons à décider du monde dans lequel nous voulons vivre.

À Montfermeil, Ladj Ly s’assagit

À Montfermeil, Ladj Ly s’assagit

 

Ladj Ly est un réalisateur de cinéma ayant vécu à Montfermeil. Son précédent film, Les Misérables, avait fait grand bruit et vous en avez sans doute vu les affiches orner tous les bus au moment de sa sortie. Même Macron avait fait savoir que le film l’avait bouleversé.

Le deuxième volet de ce qui promet d’être une trilogie est Bâtiment 5.

 

Ladj Ly joue avec son spectateur en brouillant les pistes : on retrouve les personnages du précédent film dans des rôles différents, le flic brutal joue désormais le rôle du maire, le chef des dealers porte maintenant les habits du maire-adjoint. Pour ceux qui connaissent le département, le personnage du maire dans Bâtiment 5 est un mélange de Claude Dilain, ancien maire PS de Clichy et pédiatre, et de Xavier Lemoine, de Montfermeil, connu pour sa proximité avec l’extrême-droite et à qui l’acteur ressemble.

Bâtiment 5 a le mérite de porter la question du logement et de cet urbanisme qui vise à éradiquer les quartiers populaires sous le beau nom de rénovation urbaine. On y voit comme dans la réalité des prétextes techniques qui servent à faire déguerpir les habitants pour détruire des immeubles et faire venir des habitants moins turbulents, moins pauvres et plus blancs. Rappelons que ces quartiers laissés à l’abandon étaient des propriétés privées et pas des HLM, les détracteurs du logement social l’oublient trop souvent.

 

Le personnage de Haby Keïta, jeune femme pleine d’énergie, militante associative, émerge et lance sa candidature citoyenne aux élections pour porter la parole des habitants. On aimerait que les histoires se passent toujours comme cela, et que les citoyen.ne.s soutiennent ce genre d’initiative et s’impliquent, comme dans le film de Ladj Ly. Celui-ci s’arrête cependant au seuil de l’affrontement entre le maire et la jeune femme, sans en livrer l’issue. 

Le réalisateur refuse l’action directe et condamne implicitement le geste de colère d’un individu seul, chassé de son logement avec sa famille, qui prend en otage la famille du maire pour lui infliger ce qu’il a lui-même subi et brûler leur cossu pavillon de banlieue.

La promotion médiatique du film n’a pas manqué de relever que c’est un versant assez positif : il faut s’engager en politique, pour ne pas toujours être dans la protestation. Certes.

Mais Les Misérables proposait une autre issue : les jeunes du même quartier de Clichy et Montfermeil s’organisaient secrètement et s'attaquaient aux trois groupes d’adultes qui les dominaient en se partageant l’influence sur le quartier : les dealers, la police et les frères musulmans complices. Une opération digne des meilleures guérillas urbaines, n’en déplaise aux contempteurs, c’était aussi un engagement citoyen et politique.

Il n’est pas sûr que l’engagement politique massif de ce second volet soit très crédible à l’heure de l’abstention généralisée des quartiers populaires. Pas plus que ne l’était l’organisation secrète des dominés reconquérant leur territoire à l’heure du consumérisme et du chacun pour soi. Mais cela avait plus de panache.

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